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 Retour aux sources [ft Kjaran Valdusson]


Les enfants d'Eldar :: Hafnor :: La Retenue d'eau :: Les plages
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J'ai : 41 ans Je suis : Traducteur littéraire

Dim 23 Sep - 19:02
Trois jours s’étaient écoulés depuis mon retour dans la ville de mon enfance. Les retrouvailles avec ma famille avaient été agréables, bien que voir les visages creusés de rides de mes parents m’avaient fait un choc. Me rendre compte qu’ils n’étaient que des êtres mortels était douloureux mais je fis mine de rien. Ils m’embrassèrent comme lorsque j’avais 4 ans avant de me supplier de dormir chez eux jusqu’à ce que je trouve un appartement. J’acceptai pour voir leur sourire s’illuminer.

A l’étage, la chambre de mon enfance avait été refaite. Ma peinture bleue ainsi que la frise qui l’ornait avaient disparu au profit d’un vert viride plus actuel. Je déposai mes valises et pris le temps de m’installer sur le lit. Le voyage m’avait fatigué, tout comme mon arrivée. Cette ville n’avait rien à voir avec Hafnor, le petit village qui m’avait vu naître. Peut-être était-ce pour le meilleur. Quitte à devoir m’installer quelque part, je préférai un lieu en pleine mutation, qui me réserverait des surprises et de belles rencontres.

Je restai enfermer chez mes parents les deux premiers jours, à leur raconter mes périples et leur poser des questions sur leur vie à eux. Le troisième, sentant que la conversation se tarissait, je jugeai qu’il était temps de sortir voir du pays. Ma mère insista pour m’accompagner, mais je réussis à la dissuader. Je souhaitais profiter seul de la découverte.

L’ancien centre-ville n’avait pas changé. J’y croisai quelques visages familiers et j’étais heureux de constater que le théâtre était toujours ouvert. Je flânais, le nez en l’air comme pour vérifier que le ciel était toujours le même. A force de marcher tout droit, j’atterris sur le campus et je fus frapper par le nombre d’étudiants présents. Je crois que c’est à ce moment-là que je réalisai à quel point la ville avait grossi. Les infrastructures paraissaient modernes sans pour autant dénoter avec le paysage. Moi qui m’attendais à avoir le cœur serré fus finalement soulagé. Si la ville avait été ainsi lors de mon adolescence, j’aurais réfléchi à deux fois avant de m’expatrier.

Je continuai mon chemin jusqu’à me retrouver face à la retenue d’eau. Je ne l’avais encore jamais vu et je me stoppai net devant l’immensité. La brume dissimulait l’autre rive et je me serais cru face à l’océan. Au loin, le soleil commençait sa descente. Je retirai mes chaussures, roulai le bas de mon pantalon afin de marcher sur le sable. Je m’avançai jusqu’à sentir l’eau lécher mes orteils. Les sons de la ville m’atteignaient affaiblis et je m’asseyais afin de profiter de la vue. Des couples marchaient main dans la main. Des étudiants s’installèrent quelques mètres plus loin, bière en main, afin de commencer leur soirée.

À ma gauche, je remarquai un homme seul qui n’était pas là à mon arrivée. Un je-ne-sais-quoi dans son regard me donna envie de l’aborder et c’est ce que je fis. Je me levai, secouai le sable qui s’était glissé dans mes vêtements et franchi la courte distance qui nous séparait.

- Puis-je me joindre à vous ?
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Mer 26 Sep - 22:14


Lorsque Kjaran avait une journée libre, il lui était difficile de la passer dans la communauté. Il lui suffisait de traîner dans la maison pour y croiser des regards désapprobateurs ou recevoir des « conseils » de la part des plus anciens. Qu’un homme de son âge ne soit pas marié commençait à faire jaser et le médecin lui-même se demandait s’il n’allait pas devoir se plier à cette règle. La pression était forte et ne lui laissait pas de répit. La vérité était qu’aucune femme ne l’avait intéressé assez longtemps pour qu’il puisse envisager de passer sa vie à ses côtés. Tout le monde finissait par le lasser ou le décevoir, un jour ou l’autre. Les gens sans ambition étaient chiants.

Il profita de son jour libre hebdomadaire pour aller en ville et y acheter ce qu’il ne trouvait pas dans la communauté, à commencer par certains ingrédients et des compléments alimentaires. Il ne put s’empêcher d’observer avec attention chaque femme qu’il croisait, les jaugeant leur potentiel. Beaucoup de personnes de son âge étaient en famille, d’autres le faisait soupirer d’ennui. Kjaran avait toujours cru que les femmes de la ville pétillaient plus que celle de la communauté, mais il semblait s’être trompé.

Déçu, il passa devant ses bars et restaurants favoris sans leur offrir le moindre regard. Il continua sa route jusqu’aux plages, encore relativement déserte. Seuls les alentours de l’Ahola commençaient doucement à s’animer. L’homme marcha jusqu’à un vendeur de street food a qui il acheta un cornet de frites. Le choix de nourriture végétarienne était particulièrement limité en Islande.

Son encas dans une main, ses sachets de courses dans l’autre, Kjaran s’avança sur le sable et s’installa à un mètre à peine de l’eau. Lui, qui d’ordinaire détestait le sable, se sentait bien. Les vagues minuscules le berçaient. Il croqua la première frite et grimaça, surpris par la dose de sel.

- Puis-je me joindre à vous ?

Kjaran tourna la tête, surpris qu’on s’adresse à lui en ces termes. Son regard s’attarda sur l’inconnu. Un Islandais bien bâti qu’il n’avait jamais vu, un peu plus vieux que lui.

- Bien sûr.

Il ne savait pas pourquoi il avait accepté. Par politesse ou par curiosité ?

- Je suis Kjaran Valduson. Enchanté.
Dit-il après quelques secondes de silence qui l’avaient mis particulièrement mal à l’aise. Ses yeux restaient fixés sur l’immensité d’eau afin de cacher son malaise.



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J'ai : 41 ans Je suis : Traducteur littéraire

Sam 13 Oct - 22:16
L’inconnu tourna la tête et il sembla un instant qu’il me toisât du regard. Je me pliai volontiers à l’exercice, conscient que ma question pouvait en déstabiliser plus d’un. Il était rare de voir un homme connu ni d’Adam ni d’Eve désireux de s’installer avec vous sur la plage. Il me donna son aval et je m’essayai en tailleur près de lui. Je lui adressai un sourire amical pour lui signifier que j’étais heureux d’avoir de la compagnie mais je crains qu’il fût avalé par l’obscurité du lieu. À la place, je détournai mon regard pour m’attarder sur l’étendue d’eau, semblable à l’océan. Bientôt, le manque de luminosité dissimulerait l’autre rive, accentuant l’illusion d’infini. Si ce n’est un chien, personne n’osait s’aventurer dans l’eau, sûrement trop froide.
L’homme à mes côtés prit la parole. Il avait une voix que j’appréciai dès le départ. Elle n’était pas grave, mais légèrement sourde, réconfortante. Le genre de voix qu’on adore écouter, nous raconter des histoires quand on veut s’endormir. Ces quelques mots sortaient avec grâce de sa bouche. Je souris et finis par le regarder à nouveau. Il ne faisait pas islandais pur-souche, mais il ne dénotait pas non plus avec le paysage. Il ressemblait à beaucoup d’habitants de la ville, bien que ces traits fassent de lui un homme plus beau que la moyenne.

- Sirus Marsson. Tout le plaisir est pour moi, répondais-je aussi calmement que lui. Bon appétit, ajoutai-je en désignant ses frites du menton.

Je posai mes bras sur mes genoux, adoptant une position proche de celle de la méditation. J’avais pris conscience de l’importance de la posture en toutes circonstances et cela m’avait soulagé de biens des douleurs. Mes amis islandais aimaient se moquer de moi, dans ces moments-là, me disant que j’avais passé beaucoup trop de temps en Asie.

- J’espère n’avoir rien interrompu. Je ne souhaitais qu’un peu de compagnie et n’était pas désireux de m’imposer. Je viens de m’installer ici, pour tout vous dire. J’ignore si c’était un bon choix.

Je n’étais pas une personne très pudique ; dévoiler mes doutes au premier venu était au contraire la solution que j’avais trouvée pour m’aider à avancer. Les gens qui ne vous connaissaient pas sont souvent d’excellent conseil, une fois la gêne d’entendre ces révélations passées. J’ignorais si ce Kjaran était un bon candidat pour ça, mais il n’y avait aucun moyen de le deviner en avance. Alors j’essayais.


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Il faut beaucoup de naïveté ou de mauvaise foi pour penser que les hommes choisissent leur croyance indépendamment de leur condition.
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Mar 30 Oct - 20:06


Kjaran ne s’attendait pas à ce que sa petite pause vire de la sorte. L’homme s’installait pour rester. A son nom, des souvenirs revint en mémoire. Mars et Anny. Hafnor ne comptait pas beaucoup d’habitants autrefois et le médecin connaissait la plupart. Il vivait non loin de ses propres parents, dans l’ancien quartier. S’ils n’avaient pas déménagé depuis. D’ailleurs, Max Marsson, leur fils, était un membre imminent de la secte depuis plusieurs années. Un ami de Kjaran, même. Il se demandait si son frère n’avait pas été dans la même classe que le frère de Max, bien qu’il ignorât son prénom. Mais ce Sirus ne pouvait être issu du même Mars. Il disait venir de s’installer dans la ville. Kjaran ne posa pas la question qui brûlait ses lèvres. A la place, il se contenta de hocher la tête, songeur.

- Je ne suis certainement pas la meilleure personne pour vous donner la réponse que vous cherchez.

Il regardait toujours l’eau. Les vaguelettes poussées par le vent l’aidaient à réfléchir. Aurait-il dû s’abstenir de revenir, une fois son diplôme en poche ? Non. Il n’aurait jamais trouvé ce qu’il avait ici : une famille. De plus, son départ aurait été bien ingrat vis-à-vis d’Eldar qui l’avait lui-même aider à financer ses années dans la capitale. Kjaran n’était plus heureux à Hafnor, mais doutait l’être plus ailleurs. Alors à quoi bon partir ? Sans le remarquer, il laissa un long soupire s’échapper de ses lèvres.

- La ville change si vite que ce qui vous plaît ou déplaît aujourd’hui pourrait avoir disparu demain. Je suppose que vous êtes venu ici pour une raison, je vous conseille de vous attacher à ça.

Un homme plein de doutes. S’il cherchait vraiment des réponses, Kjaran pourrait toujours lui proposer de rencontrer le culte, voir si ça pouvait l’aider à retrouver son chemin. Mais il était encore trop tôt pour ce genre de questions. A moins que Sirus ne se soit installé en ville dans le but de les rejoindre.

- Hafnor est une ville particulière et vous ne tombez pas au bon moment, je suppose. Prions Odin que ces histoires se terminent bientôt.

Le médecin ne s’étendit pas plus. Il ferma la bouche après y avoir engouffré quelques frites croustillantes. Ca ne lui ressemblait pas de parler autant à une personne qu’il venait tout juste de rencontrer et dont il ignorait tout. Si Sirus ne savait pas de quoi il parlait, il le découvrirait sûrement bien assez tôt.


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J'ai : 41 ans Je suis : Traducteur littéraire

Sam 10 Nov - 16:47
Cet homme me fit une bonne première impression. Bien que surpris par mon apparition dans sa bulle de calme, il restait serein et ne perdait pas pieds dans la conversation. Il ne me mettait pas non plus mal à l'aise et ne semblait pas réfléchir à une technique pour me faire partir sans avoir à me le dire clairement. Les temps de silence ne semblaient pas plus le déranger qu'ils ne me dérangeaient. Il finit par répondre à ma question par une des variantes de la phrase qu'on me répondait toujours dans un premier temps. Tout le monde, instinctivement, pensait ne pas pouvoir aider avant de me donner des réponses sensées et utiles. Tout le long de ses paroles, il me paraissait pensif, un peu ailleurs.

- Je suis venu car je me suis dit qu'il était temps de rentrer au bercail. Dire que je viens d'arriver n'est pas tout à fait vrai. J'étais pensif, moi aussi, et mon regard tout comme le sien ne parvenait pas à se détacher de ce minuscule océan s'offrant à moi. J'ai l'impression de découvrir une toute nouvelle ville., ajoutai-je.

Ce n'était pas un mal. L'idée du retour aux sources m'avait tout d'abord parût comme une régression. Revenir chez papa-maman, même temporairement n'était pas dans mes plans initiaux. Mais, vieillissant, la vie nomade perdait de son charme. J'avais tout oublié d'Hafnor, jusqu'au nom de ses habitants pourtant peu nombreux lors de mon enfance. Je n'avais plus que Unnur et Jonas, en plus de ma famille. Mais les relations avec cette dernière, principalement avec Max, demeuraient compliquées. Je suis revenu pour m'installer, c'est tout. J'ignorais la véritable raison. M'installer, très bien, mais j'aurais pû le faire n'importe où. Je poussai un léger soupire.

Merci pour la compagnie. Je le pensais vraiment. C'était un moment agréable, un peu hors du temps. Comme une courte parenthèse dans ma semaine surnaturelle. Sans m'en rendre compte, j'étais tellement concentré sur mes problèmes que je ne fis pas attention à ses commentaires sur les récents évènements. Je gardai le silence une quinzaine de seconde avant de relancer la discussion en renvoyant la balle à Kjaran : Puis-je me permettre de vous demander ce que vous faisiez, avant que je ne vienne vous déranger ?
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Dim 11 Nov - 17:16


Sirus vint confirmer ce que le médecin pensait sans véritablement y croire. Ce gars était bien de la famille de Max. Il tourna la tête, assez lentement pour ne pas éveiller les soupçons, afin d'observer l'homme plus en détails. Si le lien familiaux ne sautait pas aux yeux, ce n'était pas non plus aberrant ; tous deux étaient blonds et partageait la même découpe brute de la mâchoire. Pourtant, Max n'avait pas mentionné le retour de son petit frère lors de leurs soirées. D'ailleurs, Kjaran doutait l'avoir un jour entendu en parler.

Lorsque Sirus le remercia, l'enfant d'Eldar lui adressa un sourire amical. Il ne savait toujours pas pourquoi, parmi toutes les personnes présentes sur cette plage, il l'avait choisit lui pour discuter. L'endroit ne manquait pas de jolies femmes et le comptoirs de l'Aloha n'était qu'à une minute à pieds.  

- Je ne fais qu'apprécier ma journée de congé.

Il ne voulait pas rentrer à la communauté. Il n'avait personne avec qui passer son temps. N'oublions pas que Max, meilleur ami de Kjaran et sûrement frère de Sirus, était marié à son ex.

- J'aimerai bien m'installer, moi aussi.

Sa bouche avait lâcher à voix haute ce qu'il pensait sans jamais oser se l'avouer. Kjaran aimait s'imaginer comme un tombeur, un homme sans attache mais il ne faisait que fantasmer ce personnage. Le médecin voulait s'ancrer dans la réalité, se donner les attaches émotionnelles qui lui manquaient. Se rendant compte de sa confession, il baissa les yeux et commença à faire tourner son cornet de frites entre ses doigts.

- Je suppose que c'est le lot de beaucoup de personne de notre âge.

Que dire après ça ? Rien. Alors Kjaran se tut, un peu honteux. Son dos se voutta perceptiblement et son visage se ferma. Pour tout vous dire, il ne savait pas du coup comment sortir de cette impasse. Il connaissait tout le monde dans la communauté et personne ne méritait son attention particulière. Quant aux rencontres en ville... disons que les rendez-vous s’arrêtaient souvent lorsqu'il disait où il vivait.


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Mar 20 Nov - 20:21
Arracher des sourires à cet homme à l'allure si sérieuse était une réussite en soi. Son visage sans marque me laissait croire que ce n'était pas une évidence pour lui, de sourire aux inconnus qu'il croisait sur la plage. Mais finalement, à travers ses paroles, je commençais à entrevoir à qui je m'adressais. Un autre de ces hommes un peu perdu, isolé dans une ville grandissante à une vitesse folle. Impossible de garder des repères, Kjaran l'avait dit lui-même : ce qui nous plaisait un jour avait disparu le lendemain.

- J'espère ne pas gâcher votre journée de congé avec mon intrusion alors, dis-je doucement. Je n'y croyais pas vraiment. L'homme semblait avoir autant besoin de se confier que moi. Je reculai mes mains dans le sable afin de prendre appuie sur mes bras.

- Soyons amis de célibat, si vous le permettez.

La proposition était rapide mais sincère. Ce n'était jamais évident de sortir en bar seul et encore moins d'aborder des inconnues venues en groupe. Avec Kjaran qui, je devais l'avouer, présentait bien, ces soirées seraient sûrement moins moroses. L'échec serait également plus facile à supporter à deux.

Je voulu enchaîner, poursuivre la discussion mais la vibration de mon téléphone accapara mon attention. Sur l'écran, une notification blanche me signalait que Hilda venait de m'envoyer un message via l'application de recontre qu'Unnur m'avait fait installer. Mon amie était certainement las de mes demandes constantes de sorties, elle qui avait une vie de famille avec laquelle composer. Je ne pu m’empêcher d'aller voir le message en question et je grimaçai en le découvrant. "Slt ! Sa va ?". Un jour, un sage avait dit "Si tu n'inspires pas assez d'émoi pour susciter des voyelles, il y a peu de chance que tu fasses cesser des existences". Bien que l'idée de faire mourir quelqu'un d'amour me déplaisait, j'aurais aimer au moins un message clair et mature. En soupirant, je verrouillai mon téléphone et le reposait près de moi.

- Les applications de rencontre, ce n'est pas pour moi., dis-je, autant pour moi que pour l'homme installé à mes côtés.
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Dim 25 Nov - 0:57


Kjaran fut heureux de remarquer que l'homme ne parut pas surpris de sa réponse. Il avait eu cette peur déraisonné que Sirus se moque de sa confession. Le médecin ouvrit la bouche pour rassurer son nouvel ami (puisque c'étaient ce qu'ils étaient à présent ''ami de célibat'') mais la vibration du téléphone détourna leur attention. Instinctivement, Kjaran tatonna ses poches à la recherche de son cellulaire avant de comprendre que ce n'était pas lui qu'on cherchait à joindre.

Silencieux, il scruta les réactions de Sirus qui ouvrait son téléphone. Sa grimace lui fit croire qu'il s'agissait d'un SMS d'un parent un peu trop content de son retour ou d'un employeur mécontent. Il n'osa pas demander mais eut un sourire.

- Je n'ai jamais osé m'y aventurer.

Un adepte d'Eldar sur Tinder, ça ferait jazzer. De plus, la technologie et lui n'étaient pas meilleurs amis. S'il possédait un smartphone pour le travail, il n'avait jamais oser installer ce genre d'application. Mais l'idée lui avait déjà trotter en tete.


- Votre première tâche en tant qu'ami de célibat est de me montrer comment ça fonctionne.

Kjaran se décala d'une dizaine de centimètres sur le côté et installa ses lunettes sur son nez. Il n'en avait besoin que sur les écrans. Il avait l'air sérieux, comme un grand-père à qui ont explique comment éteindre un ordinateur. La vérité était qu'il était vraiment excité à l'idée d'avoir un ami en ville, un ami qui n'ait jamais mis les pieds dans la secte et qui ignore son appartenance à cette dernière. Il ne lui dirait rien, ne parlerait pas à Max de Sirus et espérait que les frères -s'ils l'étaient- ne parlerait pas de lui.

Le médecin avait l'impression de trahir les siens, mais ce n'était pas aussi terrifiant qu'il l'aurait pensé. Au contraire, ça avait un petit goût de liberté qui le fit sourire. Personne ne devrait jamais le savoir. Mais personne ne pouvait le découvrir sans être lui-même en faute, du moins c'était ce que Kjaran s'imaginait.


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Mar 4 Déc - 19:11
La curiosité de Kjaran me fit doucement rire. Nous étions à cet âge charnier où certains étaient restés proche de la technologie alors que d’autres s’étaient doucement laissés dépassés. Vivre dans le petit village qu’était autrefois Hafnor, c’était ne pas avoir besoin de Tinder ou des autres sites de rencontre puisque tout le monde connaissait ses voisins. Avec le développement, tout se complexifiait, y comprit les rapports humains. Les anciens habitants étaient les premiers chamboulés. Je l’avais remarqué dès mon arrivée, avec mes parents. Ma mère avait passé la première année pour aller saluer chaque nouvel arrivant, avant d’abandonner devant l’ampleur de la tâche. Certains, comme Unnur, c’était adapté bien plus vite que d’autres.


Je ne manquai pas de faire comprendre à mon nouvel ami que j’étais honoré de cette demande. A mon tour, je me décalai afin de me rapprocher de lui. L’écran à présent à sa portée, je revins sur la page d’accueil. « Ce n’est pas difficile à prendre en main. Le plus compliqué est de savoir quoi répondre à certains messages ». Plusieurs fois, une femme d’apparence charmante m’avait rebuté avec une première approche bourrée de faute. Dans ces cas-là, il m’était compliqué de passer outre ma politesse pour lui dire que j’avais changé d’avis, que rien ne serait possible entre nous.

« Une fois le profil créé – ça aussi ce n’est pas forcément une partie de plaisir, surtout si tu n’aimes pas les photos – tu te retrouves sur cette page. » Un profil d’une femme blonde, souriante, occupait la majorité de l’espace. J’appuyai sur la photo afin de faire apparaître ses informations. Je fis défiler lentement afin que le médecin ait le temps de lire en même temps que moi. « Si tu souhaites lui parler, alors tu touches le bouton vert. Sinon, la croix rouge. Il faut qu’elle accepte également ton profil pour pouvoir lui envoyer le moindre message. ». Je choisis de ne pas entrer dans le détail des fonctionnalités payantes pour le moment. À la place, j’optais pour une petite démonstration. Je poussai vers la droite la photo de la prétendante et immédiatement, un pop-up me signala qu’elle avait fait le même geste précédemment.

« Ça signifie que je peux lui parler », disais-je en même temps d’ouvrir la conversation. Je ne savais trop quoi raconter en guise de prélude. Je retournai sur son profil, l’air concentré, à la recherche d’un détail sur lequel rebondir, mais rien ne me vint à l’esprit. Elle était Islandaise, 37 ans. Sur une de ses photos, on pouvait la voir tenir un jeune enfant, mais j’ignorais s’il s’agissait du sien et je m’imaginais mal commencer par ça. Elle avait indiqué vouloir rencontrer des personnes et voir par la suite sur quoi cela débouchait, aimer la gastronomie et le cinéma. Je me redressai et lançai un regard à Kjaran. « Exercice pratique : qu’est-ce qu’on lui dit ? ». Je riais tout en parlant, devant l’absurdité de cette situation. Voilà que je demandais à cet homme à peine rencontrer comment draguer une inconnue.


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Ven 7 Déc - 22:09


Kjaran se donnait du mal pour enregistrer toutes ces informations : où appuyer, où trouver les différentes informations. Au fur et à mesure, beaucoup de questions apparaissaient dans son esprit, mais il préféra attendre la fin du discours pour les poser. Il s’imaginait déjà devoir trouver une photo pour son profil. Et quel centre d’intérêt mettre ? La nature, la théologie, la littérature. Rien de très moderne, il en avait peur. Il passerait pour le papy de service et commençait à redouter l’humiliation. La femme affichée sur l’écran de Sirus était belle, il ne le nier. Cependant, juger sur une photo n’était pas très agréable. La description de profil était succincte, sans relief. Rien qui ne donnait envie au médecin d’en découvrir plus sur elle.

Lorsque Sirus lui demanda quoi envoyer, Kjaran prit un instant pour réfléchir. Il regarda le ciel, se projetant dans un bar où il souhaiterait aborder cette Julia.

- En face-à-face, je pense que je lui demanderais si elle passe une bonne soirée.

C’était étrange, de demander à quelqu’un dont le nez était collé à un écran si elle passait une bonne soirée. Un peu triste aussi. In continua de réfléchir, se permettant d’émettre un « hm » à peine audible. Après une poignée de secondes, Kjaran se ravisa. L’inspiration était venue.

- Tu devrais lui demander pourquoi une femme comme elle est sur son téléphone et non à danser dans un bar.

Mieux. La fierté pointa le bout de son nez. Il y avait un compliment, une question pas trop banale qui la forcerait à réfléchir au lieu de répondre machinalement un truc bateau qu’elle aurait répété à tous les gars l’abordant sur cette application. Le médecin avait très vite compris les règles du jeu. Dans son esprit, il construisait déjà la suite de la conversation. Elle allait répondre, avant de renvoyer la même question à Sirus. Ce dernier admettra qu’il se trouve actuellement sur la plage et invitera Julia à prendre un verre avec eux à l’Aloha. Le plan parfait, en somme. Ça le stimulait, ce genre d’interaction. Ça chauffait son cerveau, le forçait à réfléchir stratégiquement. Il savait comment obtenir ce qu’il voulait grâce à son éloquence. À présent, il voulait essayer.

Il sorti son téléphone professionnel de la poche de sa chemise et le tendit vers son nouvel ami, l’air interrogateur.

- Tu penses qu’on peut l’installer là-dessus ?

Il n’avait pas été difficile à convaincre du tout. Kjaran en crevait d’envie depuis un moment. Il en avait marre de vivre dans sa tour, isolé du reste du monde alors que les siens le traitaient comme une source d’embarras. En attendant de revenir dans leurs petits papiers, il irait voir ailleurs. Peut-être retrouvera-t-il un informateur au sein d’Hafnor, quelqu’un pouvant l’aider à revenir à sa vraie place au sein du culte.



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